lundi 22 septembre 2014

L'autisme: vers une nécessaire révolution culturelle

L'autisme: vers une nécessaire révolution culturelle


Ecrit par: Mounia Cheikh




L’autisme reste un mystère pour les cliniciens et les scientifiques, et représente une expérience douloureuse pour les sujets et leur famille. Les témoignages émouvants, fascinants et riches d’enseignement de quelques autistes nous permettent d’appréhender le fonctionnement d’un esprit qui semble très différent du nôtre, tant par la nature de ses perceptions, que par la spécificité de ses aptitudes [1-3].



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Si l’autisme est défini comme un trouble du développement apparaissant avant l’âge de trois ans, caractérisé par une perturbation des interactions sociales et des altérations dans la capacité à communiquer associées à des activités stéréotypées avec restriction des intérêts, une grande hétérogénéité est constatée dans les manifestations autistiques. La fréquence de l’autisme, évaluée entre 2 et 5 cas pour 10 000 jusqu’à la fin des années 1990, serait en augmentation. Pour la plupart des auteurs, il s’agit d’une augmentation apparente consécutive à une détection plus fréquente des cas, mais surtout à un élargissement des critères diagnostiques [4, 5]. La prévalence de l’autisme chez les garçons (4 pour 1 fille) reste constante.



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Depuis sa description en 1943 par Kanner, l’autisme a donné lieu à deux approches, l’une psychanalytique et l’autre organiciste. Aujourd’hui, les psychiatres pour enfants et adolescents expriment leur volonté d’aborder ces troubles par une approche transdisciplinaire faisant appel à une large palette de professionnels: psychiatres, pédiatres, psychologues, psychomotriciens, psychanalystes, éducateurs, orthophonistes, chercheurs en sciences cognitives, spécialistes en imagerie cérébrale, généticiens et neurobiologistes. Cette volonté se heurte pourtant à de multiples obstacles: rivalités disciplinaires, concurrence entre les théories et les approches, diversité des cas, désaccords concernant les choix thérapeutiques, découragements, tensions avec les familles et entre les soignants, lenteur et instabilité des progrès scientifiques et thérapeutiques. En France, l’absence de valorisation de la recherche clinique et le clivage entre pédopsychiatrie et pédiatrie constituent également des obstacles. Les problèmes liés à la classification, aux définitions de l’autisme, aux étiologies et aux thérapeutiques se trouvent au coeur des controverses. Les discours sur la transdisciplinarité sont une chose, leur mise en application en est une autre. Il ne suffit pas de faire intervenir des professionnels aux compétences multiples, encore faut-il établir de réelles interactions entre ceux qui ont pour objectif de mieux comprendre la vie mentale des personnes autistes et de contribuer à une meilleure adéquation des attitudes thérapeutiques pour favoriser l’autonomie, l’adaptation et la communication. Pour les cliniciens, il paraît aujourd’hui évident que le développement des capacités de socialisation des enfants autistes ne peut se concevoir sans une collaboration impliquant les enfants, leurs parents et l’ensemble des professionnels.

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Pour les chercheurs, les enjeux sous-jacents à la compréhension de l’autisme sont importants à plus d’un titre, puisque les troubles autistiques renvoient à des problématiques essentielles: sentiment de soi, perception de la réalité, fonctionnement de la pensée, communication, influences héréditaires et acquises, développement normal et pathologique.

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L’objectif de cet article est de détecter les sources possibles de clivage, mais aussi de rencontre, et de soulever les questions à approfondir pour tenter de mieux comprendre et prendre en charge les enfants comme les adultes autistes. Nous essaierons également de détecter si de nouveaux fossés, risquant de rendre caducs les efforts récents, sont potentiellement à l’oeuvre.



Source:
http://hal.archives-ouvertes.fr/docs/00/71/69/53/PDF/l_autisme_surestimation_des_origines_gA_nA_tiques_B_Chamak_2010.pdf


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